Nov 15, 2011

L'AGEFI - 7 11 2011


Développement durable: le cuisant constat d’échec
DOMINIQUE BOURG. Le philosophe (membre du comité de veille de la Fondation Hulot) a dénoncé vendredi à Lausanne la péremption et la faillite d’un concept tout simplement impossible.
Olivier Pellegrinelli
 

«Le développement durable est un échec cuisant.» Dominique Bourg a le mérite de la franchise quand il fait le bilan du concept consensuel par excellence, dont on fêtera les 25 ans en 2012. Programmation audacieuse pour l'ouverture du premier forum romand du développement durable et de la formation qui s'est tenue vendredi à l'UNIL, la conférence du philosophe français a détoné par rapport aux bonnes intentions supposées d'un tel rendez-vous. Longue litanie anxiogène des problèmes auxquels l'humanité est confrontée depuis 1950, sa présentation a beaucoup chiffré l'impasse du développement actuel, peu exposé ses alternatives. Mais elle est a eu le mérite de tirer un constat sans appel: la récupération politique du concept depuis les années 2000 a été ridiculement contre-productive.

La réduction des inégalités de répartition des richesses et celle de l'impact humain sur l'environnement, les deux objectifs clés du concept aux trois piliers énoncés dans le rapport Brundtland en 1987, ont été balayés par l'histoire. Selon Bourg, un modèle d'économie circulaire – basée sur le recyclage – couplé à une obligation de croissance linéaire constituait à la base déjà une «vaste plaisanterie». A titre d'exemple, l'exigence de croissance de la production d'acier de 3,5% par année implique le tarissement des ressources en fer dans 50 ans, alors qu'un taux de recyclage de 62% de l'alliage ne permet d'augmenter cette limite que de 12 ans. Il conclut ainsi que la multiplication des éoliennes ou des voitures électriques ne pourra jamais constituer une solution de long-terme dans cette double configuration d'explosion des besoins énergétiques et de la raréfaction des minerais. Le message est clair: le modèle productiviste actuel ne tiendra pas, la croissance des richesses ne sera bientôt plus possible.

La disparition de 90% des ressources halieutiques depuis l'industrialisation de la pêche, malgré la conclusion de traités internationaux, constitue à ses yeux l'exemple «parfait» de l'imposture du développement durable. Ce qu'il lui fait dire que cette «notion baroque, quoique attachante» a fait son temps et qu'elle cédera par la force des choses à la nécessité de la décroissance. Pour lui, l'homme doit inventer un nouveau monde de prospérité sans croissance.

Certes, les conseillers d'état vaudois François Marthaler et Anne-Catherine Lyon, qui avaient fait les louanges du développement durable juste avant que Dominique Bourg ne prenne la parole, en sont pour leur frais. Coincés devant l'impossibilité morale de critiquer le concept tout en ayant systématiquement montré une indifférence totale à le dépasser, les élus politiques dans leur ensemble peuvent se montrer cois devant les pistes de réflexion que le philosophe a esquissé en conclusion. Economie de fonctionnalité (et plus de production), fin de l'obsession de la productivité du travail, resserrement drastique des écarts de revenus et taxe carbone internationale. Bienvenue dans un monde bientôt fondamentalement différent.